Le plaisir de pouvoir dire oui, parfois

Vendredi dernier, à Đức Hạnh (Vietnam). Je suis avec Yên qui visite quelques familles cet après-midi.

Khang est muet de naissance, et sa famille a dépensé beaucoup pour essayer de le guérir, sans succès. Il ne va plus à l’école, il s’y ennuie et la maîtresse ne s’occupe pas de lui. Les enfants du village ne jouent pas avec lui, il est chassé de leurs jeux.

Les enfants handicapés sont souvent cachés par leur famille, dans cette société traditionnelle où il faut être très conforme.
De toute façon il n’y a pas de solution dit-on, alors n’embêtons personne avec « ça ». Quand Yên, de l’équipe Mékong Plus, est venue la première fois Khang n’existait pas. Il fallait deviner qu’il était derrière. Aujourd’hui la confiance est établie. Le même puzzle des dizaines de fois chaque jour Khang dévore les jeux éducatifs qu’on lui apporte. Le même puzzle à 12 pièces est fait 10 fois par jour.

Heureusement, des enfants comme Khang, gravement handicapés, ne sont pas nombreux. Le problème c’est que du coup, dans des régions pauvres, on ne s’en occupe guère. Pourtant maintenant Khang s’éveille, sort un masque de papier et essaie de me faire peur, riant aux éclats. Il trouve une sorte de marionnette, et cherche encore à attirer l’attention… Khang est vif, manifestement il a un grand potentiel. Je pense à mon jeune fils, ce pourrait être lui en fait, juste le hasard des choses. Qui naît où… bon Khang est « mal » tombé, une famille extrêmement pauvre. Même si sa mère est attentive et fait de son mieux pour comprendre ce qui se passe. Un niveau d’éducation si bas, les échecs de la vie qui se sont accumulés et qui ont beaucoup épuisé ses énergies. « Chez ces gens là on ne pense pas monsieur… », oui il y a aussi de l’impatience de mon côté : tant à faire, pourquoi cette mère ne bouge pas plus ? Yên, de notre équipe Mékong Plus, qui dit tout bas, mais encore trop haut : « regarde il marche à quatre pattes comme un chat ». Ca me heurte car j’ai trop peur que la mère ne l’ait entendue.

De toute façon elle est habituée n’est-ce pas. Et voilà pourquoi elle n’a plus trop envie de penser sans doute.  Bon, soyons concrets ! Derrière une mini porcherie : la tante a prêté une truie. Des canards et des poules pataugent autour dans la boue de la mousson. Mékong Plus peut donner quelques conseils, vacciner les animaux. Ca donnera du courage à cette femme. Pour Khang, apporter plus de jeux, pour qu’il ne se lasse jamais.Parler aux voisins aussi : Khang a besoin de copains pour avancer. Il peut taper le ballon comme les autres tout de même ! 

J’ai la chance de rencontrer ces paysans, et ça je sais bien que c’est grâce à vous, en Europe. Vous nous donnez les moyens de dire oui un peu plus souvent. D’avoir plus confiance en l’avenir. C’est vrai que c’est fou de s’attaquer à tous ces problèmes, mais en fait, grâce à vous c’est franchement possible. D’autant plus que les Vietnamiens font bien leur part. quand Yên parle aux voisines, de suite on se mobilise, et elles pourront dire encore une fois : « C’est nous qui l’avons fait ».

Bernard KERVYN, partenaire de Terre d’Oc. 22 juin 2012

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